• Dec. 23 2010

    “Les garderies sont admissibles en zone d’habitation. Le Tribunal Fédéral a rejeté les plaintes de deux voisins de l’Hôpital cantonal d’Aarau (Argovie), qui avaient attaqué une autorisation de construire pour transformer des maisons individuelles en garderies. Le TF fait remarquer que la zone d’habitation est, à l’évidence, aussi destinée à accueillir des enfants et qu’il faut donc fondamentalement tolérer le bruit généré par ceux-ci.  C’est pourquoi de petites installations destinées au séjour ou à la prise en charge d’enfants sont admissibles en zone d’habitation. Les voisins doivent tolérer le bruit des vingt enfants, au maximum, jouant au jardin entre 6 h 30 et 12 h et entre 13 h et 19 h. Le fait qu’il s’agisse d’enfants “extérieurs au quartier” ne joue aucun rôle à cet égard”.
    (1) Cité dans la revue « Plaidoyer » No 6/10 de décembre 2010 – www.plaidoyer.ch

    Ouf, on a échappé à l’expulsion des enfants étrangers…
    Oublié de vous dire qu’il est question, en Suisse,  d’interdire les transports publics aux personnes retraitées aux heures de pointe.
    Que pourrait-on encore interdire et qui pourrait-on encore exclure et de quoi ?

  • Dec. 22 2010
    Equateur Ninez Y Vida San Domingo

    © Tdh / Bernard Marks

    [FR] Equateur – Lutte contre la maltraitance infantile et promotion du bon traitement dans les familles.
    [EN] Ecuador – Child protection in order to identify mistreatment and promotion of good treatment within families.

    Vous pouvez aussi consulter l’image de la semaine passée.

  • Dec. 20 2010

    Olivia Wermus, responsable des photos chez Terre des hommes, a participé au récent reportage effectué au Maroc. Elle nous explique alors les difficultés auxquelles les photographes sont fréquemment confrontés pour montrer ce qui se passe sur le terrain. En effet, rien n’est jamais aussi puissant qu’une image. Mais les réalités auxquelles nous sommes confrontées sont généralement cachées.

  • Dec. 15 2010
    Albanie - Tirana, Roma Community

    © Tdh / Jean-Luc Machina

    [FR] Albanie – Les visites à domicile auprès de familles permettent de suivre des enfants particulièrement vulnérables.
    [EN] Albania - Home visits to families made it possible to monitor children who are particularly vulnerable.

    Chaque semaine nous allons vous proposer ici une image du terrain. Vous y trouverez principalement des photos de portaits d’enfants prises dans le cadre de nos projets. Toutes les “photos de la semaine” précédentes sont déjà disponible sur notre compte Flickr.

    N’hésitez pas à commenter et partager ces images. Alors rendez-vous mercredi prochain?

  • Dec. 14 2010

    Dans la foulée des révélations de WikiLeaks qui ébranlent le monde entier (principalement les médias et les politiques), je me suis demandée jusqu’où le devoir de transparence devait aller au sein des organisations non-gouvernementales, comme Terre des hommes. Petite enquête interne : y a-t-il un avant et un après 28 Novembre 2010

    A franchement parlé, il n’y a guère que chez les diplomates que la notion de transparence semble nouvelle. Au niveau des organisations non-gouvernementales, il s’agit d’une obligation morale voire même contractuelle.

  • Dec. 13 2010

    De retour en Suisse après une semaine de reportage, le Maroc a tenu toutes ses promesses. Une fois encore, les évènements ont été riches en enseignement.

    Nous espérons, au travers de nos articles quotidiens, avoir réussi à vous transmettre un peu des émotions que nous avons vécues lors des visites des projets de soins spécialisés et de lutte contre l’exploitation des « petites bonnes ».

    Toutefois, le tableau ne serait pas vraiment complet sans mentionner l’autre face du Maroc. En effet, comme tous les pays, les contrastes et les contradictions sont légions. A la dureté de la vie à laquelle nous avons fait écho s’oppose une beauté du paysage presque insolente. Un raffinement aussi, en matière culturelle ou culinaire notamment. Nous avons aussi rencontré des gens extraordinaires, tels que Fouad, administrateur de Terre des hommes, Amina, coordinatrice des projets de soins spécialisés ou Rkia, coordinatrice des projets dans le sud du pays. Nous espérons avoir rendu justice à leur travail admirable et leur dévouement tout au long de cette semaine.

    Nous vous remercions de nous avoir suivis dans notre périple et espérons que la suite de ce blog vous séduira. N’hésitez pas à nous faire part des sujets qui vous intéresse et à poser les questions qui vous habitent. Cet espace n’a de sens que s’il est partagé.

  • Dec. 11 2010

    Agadir, 10 Décembre 2010 – En route pour un village isolé, nous discutons avec Rachida, assistante sociale d’une organisation partenaire, Ard el Atfal, et Rkia, coordinatrice des projets de Terre des hommes dans le sud.

    La première question qui vient à l’esprit est « Quel est l’intérêt d’embaucher une enfant ? ». « C’est moins cher » nous répond Rachida. « Et c’est modelable, les plus grandes, elles, se rebellent quand elles sont exploitées ». La logique est parfois juste implacable.

    Tout un réseau existe autour de ce métier de « petites bonnes ». Les familles qui cherchent une fille font appel à un intermédiaire, le Samsar. Elles lui donnent les critères recherchés : l’âge bien-sûr, mais aussi de plus farfelus. « Les maîtresses de maison ont peur que leur mari ou leurs fils tombent sous le charme, alors elles demandent surtout des filles qui ne sont pas trop jolies ». Le Samsar essaie ensuite de repérer les personnes les plus vulnérables. Le premier indicateur est l’échec ou l’abandon scolaire, puis la situation économique de la famille. Il promet alors que la fillette sera bien traitée, qu’elle aura le droit d’aller à l’école et que de nouvelles opportunités vont s’ouvrir à elle en ville. Quand la famille est d’accord, le Samsar amène la fille à ses patrons. Il reçoit généralement des indemnités pour son travail, puis la « paie » mensuelle est donnée directement aux parents.

    Il n’existe alors plus de contacts directs entre la fille et ses parents. Selon les employeurs, elle peut leur téléphoner de temps en temps (généralement sous bonne garde) et parfois vient même rendre une visite de quelques heures, mais toujours accompagnée.

    Ses conditions de vie sont le plus souvent difficiles : elle ne mange pas à sa faim, réduite aux restes de ses employeurs. Elle ne va bien sûr pas à l’école. Elle est parfois battue quand elle ne donne pas pleine satisfaction. Elle n’a que rarement une chambre. Le plus souvent, elle dort dans le couloir ou la cuisine. Elle travaille du petit matin à la préparation du petit déjeuner, jusque tard le soir, quand elle finit de nettoyer les affaires du dîner. Elle est victime de harcèlement, brimades et subit même parfois des abus sexuels. Peut-elle se plaindre ? « En théorie oui. Mais le plus souvent les employeurs menacent de porter plainte pour vol de leur côté et tout le monde sait qu’ils seront plus écoutés. En plus, la parole des enfants ne vaut pas grand-chose. Au Maroc, la plupart des gens considèrent qu’ils mentent et qu’on ne peut pas leur faire confiance. Enfin, le viol, par exemple, n’existe pas vraiment. On considère que la fille l’a cherché et elle se retrouve condamnée pour prostitution (les relations sexuelles hors mariage étant interdites). Cette marque infâmante restera dans son dossier pour toujours. Tous les futurs employeurs qui demanderont son casier judiciaire pourront le voir » nous répond Rkia.

    Qu’en pensent les parents, les Samsars, les employeurs ? Sont-il informés que c’est illégal ? « Les parents et les Samsars nous disent qu’ils ne savaient pas. La situation est plus compliquée que ça. Au Maroc, l’éducation des enfants est très dure. Le fait qu’ils doivent travailler est considérée comme éducatif. Si la patronne bat l’enfant, c’est pour son bien… Les conditions économiques dans les familles sont telles qu’elles préfèrent fermer les yeux ». Nous rencontrons en effet une famille dont une des filles était petite bonne et vient d’être réintégrée. Elle a douze ans et est encore très renfermée. Sa sœur de 14 ans est toujours placée comme « petite bonne ». Elle leur rapporte 300 Dirhams par mois (nb : 30 Euros). La maison est basse, le sol en terre battue, très chichement meublée. On peut compter six enfants en bas âge, en guenilles. Le père et la mère nous reçoivent. Ils n’ont aucun revenu fixe, mis à part le salaire de leur fille aînée. Les autres enfants et la mère font des petits travaux à droite à gauche. Au total, ils vivent avec en moyenne 600 Dirhams par mois (nb : 60 Euros). Pas assez pour offrir une nourriture équilibrée aux enfants ou payer des traitements médicaux. De quoi vivraient-ils si la petite était retirée de chez ses employeurs ? Alors oui, ils sont inquiets de son bien-être, mais ils préfèrent ne pas trop en savoir… Et il n’est pas exclu que la deuxième reparte en ville, ou la troisième qui était sur le point de quitter sa famille à neuf ans quand Terre des hommes les a rencontrés. « Il faut proposer des alternatives, sinon on n’arrivera jamais à mettre un terme à ces pratiques » tonne Rkia.

    Mais pourtant, c’est illégal, non ? Les gens sont-ils assez sensibilisés ? « Tu sais, il y a eu plusieurs campagnes de sensibilisation, à la télévision par exemple, ou sur des affiches. Le résultat ne correspond pas aux attentes : avant, tu voyais les petites bonnes à la plage avec la famille. Aujourd’hui, elles sont séquestrées à la maison pour que les employeurs ne soient pas dénoncés » répond Rkia. « Le Code du travail interdit d’employer des enfants de moins de quinze ans, mais le peu d’inspecteurs qu’il y a n’ont pas le droit de rentrer dans les domiciles des gens ». C’est pourquoi un Collectif d’organisations marocaines luttant pour l’éradication du travail des petites bonnes se mobilise pour faire passer un projet de loi supplémentaire. « Mais ce projet avance difficilement, il semblerait qu’il y ait peut-être des enjeux personnels derrière tout ça ».

    Il n’y a pas besoin de chercher très loin. La famille que nous visitons ne peut retirer sa fillette de 14 ans, car elle n’en a pas les moyens. Mais elle a peur aussi : l’employeur est un gendarme.

  • Dec. 10 2010

    Agadir, 9 Décembre 2010 – Aujourd’hui, nous entamons la visite de villages dans lesquels le projet des « petites bonnes » est mis en œuvre. Une « petite bonne » est une fillette âgée de sept à 15 ans, placée par un intermédiaire, et qui est exploitée dans une famille. Corvéable à merci, battue, malnutrie, non soignée, sans éducation, elle est sensée faire toutes les tâches domestiques.

    « Un des problèmes principaux est le manque d’éducation des parents. Ils sont ignorants, ne comprennent pas en quoi consiste le quotidien de leurs filles qu’ils placent en ville. Notre première action est de sensibiliser les gens des villages » nous explique Rkia, coordinatrice des projets de Terre des hommes dans le Sud du Maroc.

    Sensibilisation, c’est pour moi un terme assez vague. En mesurer les résultats reste un défi majeur pour de nombreuses organisations.

    Aujourd’hui, nous avons visité le centre d’une association locale qui mène des actions pour les anciennes petites bonnes, et notamment de l’appui pour favoriser leur réinsertion scolaire. Une trentaine de mères sont présentes. Pendant que les enfants font leurs devoirs, elles se massent autour de Rkia qui commence à leur expliquer l’importance des papiers d’identité et les démarches à suivre pour s’enregistrer. Chacune apporte son expérience, demande conseil, échange avec sa voisine. Puis, la discussion commence à changer. Les villageoises parlent de leurs soucis, et notamment profitent de ce moment privilégié pour aborder des sujets tabous : l’hygiène corporelle, comment garder son mari à la maison, l’importance des serviettes hygiéniques. « Tu sais, certaines ne savent pas ce que c’est. On ne parle pas de ces choses-là au sein des familles. Les jeunes filles, désemparées au moment de leurs premières règles, utilisent n’importe quoi : des herbes, qui leur donnent des infections incroyables, les torchons dont elles se servent ensuite pour essuyer la vaisselle. Peu de gens savent qu’il faut se laver les mains, et encore moins que ça implique du savon, et pas que l’eau… » nous explique Rkia.

    La sensibilisation consiste aussi dans l’explication des lois. « Les gens ne sont pas au courant des nouvelles lois. Pourtant, des émissions les expliquent à la télévision, mais ils utilisent un vocabulaire absolument incompréhensible. Il faut savoir parler simplement et prendre le temps de dialoguer pour que le message passe. J’utilise notamment beaucoup la religion. J’ai fait de nombreuses recherches sur le sujet. Le Coran comporte des messages très clairs concernant la protection des femmes et des enfants, il suffit des les transmettre aux gens, très croyants. Je discute énormément avec les Imams des villages dans lesquels nous intervenons et je les convaincs de partager ces messages au moment de la prière du vendredi auprès des hommes. Se mettre à la place des villageois, parler leur langue, utiliser des images qui leur parlent, c’est la base de toute sensibilisation ».

    A la question de savoir comment mesurer le succès de ces échanges, Rkia répond : « le premier indicateur est la présence des femmes lors des réunions. Il y a deux ans, quand on a commencé, on devait aller chercher des participantes. Aujourd’hui, elles se pressent pour participer. Ensuite, des changements de comportements quant à l’hygiène personnelle, la propreté des vêtements, etc, sont visibles et notés par d’autres intervenants comme les directeurs d’école. Les gens ont confiance, ils abordent des sujets complexes, en discutent avec nous ».

    Ce jour-là, dans l’association que nous visitions, les femmes profitent de la présence de Rkia pour convoquer le Conseil de l’association. Elles réclament d’être représentées par des déléguées chargées de les représenter lors des réunions.

    Voici pour moi l’indicateur ultime d’une sensibilisation réussie : ces femmes savent non seulement qu’elles ont des droits mais elles les revendiquent !

  • Dec. 09 2010

    Hind

    Hind toute belle, Hind toute douce,

    Sais-tu que j’ai décidé de m’engager dans l’humanitaire à huit ans ? A peu près l’âge que tu avais lorsque tu es partie de chez toi…

    Témoin enfantin du sort d’autres petits, qui dans ce Sahel désertique, souffraient par milliers tout doucement, douloureusement, d’une faim atroce. Contraints d’ingurgiter des bouillies faites de cuir de chèvre, seuls et misérables remparts que leurs mères tentaient désespérément de dresser contre leur mort promise. Les adultes que j’accompagnais avaient honte. Je ne comprenais pas ce sentiment. En moi ne vivait que colère. Car je savais déjà alors que la différence entre leur vie et la mienne ne tenait qu’en notre lieu de naissance. Loterie monstrueuse. Du haut de mes huit ans, je me suis sentie une responsabilité : à moi qui avais vu, à moi qui savais, le devoir de rendre aux autres une partie de ma chance. De faire en sorte que cette différence soit moins brutale pour les enfants et les petits enfants de ces corps décharnés m’entourant.

    Hind chérie, Hind meurtrie

    Je t’ai rencontrée aujourd’hui dans une association près d’Agadir, au Maroc. Tu essayais tant bien que mal de recoller les morceaux de ta jeune vie en lambeaux. Tu allais à l’école et essayais de fuir ton destin de misère, toi qui avais été si longtemps invisible, corvéable à merci. Objet de coups, de maltraitance. Malnutrie, tu devais finir les restes des tes patrons, dormir à même le sol de la cuisine, contrainte d’effectuer des tâches domestiques bien trop lourdes pour toi. Quel a été ton crime ? Celui de naître pauvre ? Ton corps à force de soins va peu à peu guérir. Mais qu’en est-il des bleus de ton âme ? Peut-on rendre une enfance volée ?

    Hind si petite, Hind si fragile

    Combien sont-elles, tes sœurs d’infortune ? Enfants de huit à 15 ans, travaillant de 16 à 18 heures tous les jours de la semaine, appelées « petites bonnes ». Ce terme n’est qu’un voile pudique jeté sur la réalité : « esclaves » serait sans doute plus approprié.80’000 ? 60’000, comme les dernières estimations, qui datent maintenant, l’affirment ? Moins, suite à une prise de conscience politique et sociale qui a vu le jour dans ton pays au cours des années ? Hind, même s’il ne reste que toi, c’est encore trop.

    Hind si jolie, Hind si précieuse

    Aujourd’hui, j’ai honte. Car je mesure que la différence entre ton destin et celui de ma fille reste aussi abyssal que ce que je voyais il y a presque 25 ans. Et pourtant je sais que tes parents ne t’aiment pas moins que j’aime mon enfant, eux qui t’ont envoyée travailler à l’âge de sept ans pour un salaire de misère qui leur a permis de nourrir tes frères et sœurs. Ils ont juste moins de choix. Est-il utopique de penser qu’il sera possible d’épargner ce sort à ta fille ? Ta petite-fille ? Saurons-nous trouver les moyens, nous qui savons, nous qui pouvons, de permettre aux enfants de vivre leur enfance ?

  • Dec. 08 2010

    Agadir, 8 Décembre 2010 – Arrivées à Agadir hier soir, nous avons rencontré Rkia, coordinatrice des projets de Terre des hommes dans le Sud du pays. Nous sommes parties visiter trois familles avec elle aujourd’hui. Cela nous a donné un bon aperçu du travail social effectué sur le terrain.

    « Selon moi, il y a plusieurs façons de voir le travail social » nous explique Rkia, alors que nous effectuons les quelques 100 kms qui nous séparent de la première famille à voir. « Les personnes que nous aidons sont comme tombées dans un trou. En tant que travailleur social, nous devons tâcher de les en sortir. Il y a trois manières : soit tu t’approches du trou, tu regardes si la personne souhaite en sortir et tu la tires vers l’extérieur, soit tu descends dans le trou et tu la pousses par en-dessous, ou tu la prends dans tes bras et tu la sors. Seule la première option n’a de sens à mes yeux. Si tu descends dans le trou, tu dois te préparer à y rester. Tu ne peux pas pousser un poids trop lourd, et si tu prends tout en charge, tu ne pourras jamais arrêter. On ne peut aider que les gens qui le veulent. Et aider veut dire accompagner, pas faire à leur place ».

    Au bout de deux heures de route, nous arrivons dans un petit village. « La semaine dernière, il a plu et cet endroit était coupé du monde ». Les maisons, collées les unes aux autres sont en boue séchée mêlée à la paille. C’est assez pratique, car peu cher à construire. Il n’y a qu’un seul inconvénient : la maison s’écroule quand il pleut… C’est ce qui est arrivé à la famille à qui nous venons rendre visite. Réfugiés dans une pièce minuscule chez des parents, le père, la mère et la petite Hanane se partagent 8 m2. Ils y passent leur journée, y mangent et y dorment. Et tous leurs biens sont sous nos yeux : une natte, deux couvertures, une armoire, un service à café, une petite télévision. Quand son visa sera prêt, Hanane va partir en Espagne se faire opérer du cœur. Elle a deux ans et demi et reste agrippée à sa mère tout le long de l’entretien. Dès que les voisins voient la voiture de Terre des hommes garée devant l’entrée, la nouvelle se répand, telle une traînée de poudre. Une femme, puis deux, puis trois et finalement quatre s’invitent, leur enfant sous le bras. Leur attitude montre clairement tout le respect qu’elles ont pour Rkia, à qui elles confient leurs soucis. Mais ce respect est réciproque. Rkia écoute, conseille, soutient d’un ton très doux. Puis elle commence à poser quelques questions. Le débat s’anime. « Je leur ai demandé s’il leur arrivait de corriger leurs enfants, notamment en utilisant les punitions corporelles, très répandues au Maroc. Elles m’ont dit que oui et ce dès que les enfants commencent à marcher à quatre pattes. J’essaie de leur expliquer que battre ne veut pas dire éduquer ».

    Cet échange est particulièrement représentatif du travail social de Terre des hommes au Maroc. Ici encore, comme à Rabat précédemment, il ne s’agit pas de regarder uniquement le cœur de l’enfant. Les soins spécialisés sont une porte d’entrée au sein des familles. Les situations sont étudiées dans leur globalité et des solutions sont proposées, adaptées à chaque cas, pour permettre aux parents de sortir un peu la tête hors du trou. Néanmoins, ils ne sont jamais considérés comme des bénéficiaires. « Tu sais, j’ai l’habitude de dire aux familles des enfants pris en charge que désormais, et ce jusqu’à la fin du suivi des soins, cet enfant est comme partagé. Chacun doit assumer son rôle en collaborant pour son bien ».

    D’où vient à Rkia cette envie d’aider les autres, elle qui a par ailleurs quatre enfants à la maison ? « J’ai grandi dans un quartier pauvre d’Agadir. Vers l’âge de neuf ans, j’ai été prise en charge par l’association locale. Nous faisions des pièces de théâtre, nous nous amusions. Plus tard, je m’y suis engagée comme bénévole. Après mon baccalauréat, j’ai fait des études de secrétaire de direction. Au bout de deux mois de travail, je me suis vite rendue compte que les bureaux, ce n’était pas pour moi. J’avais besoin de bouger, d’aller à la rencontre des gens, de les soutenir. J’ai commencé à travailler dans le social, auprès des enfants des rues. Au fond, je pense que ce besoin, cette envie, c’est un don que Dieu m’a fait. Ce n’est pas facile. Il m’arrive de me réveiller en pleine nuit car j’ai oublié d’appeler une famille. Si tu cherches un équilibre dans ta vie, il vaut mieux faire un autre métier. Il faut s’engager avec son âme, sa tête, son cœur et ses bras. Pour moi, c’est un acte de militantisme ».

About

Since its creation in 1960, the mission of Terre des hommes (Tdh) has come to the aid of children in need.
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