Rabat, 7 Décembre 2010 – Zakaria a sept ans. Il est atteint d’une malformation grave qui nécessite une intervention périlleuse. Les veines de son cœur sont inversées. Le diagnostic a tardé et l’enfant souffre maintenant d’affections annexes. Il doit être transféré en Suisse pour plusieurs mois et subir une intervention qui ne pourra être que palliative. D’ici quelques années, il devra probablement repartir pour être opéré de nouveau.
Aujourd’hui, il se rend au bureau de Rabat pour les ultimes conseils avant son départ. Direction Casablanca l’après-midi et Genève le lendemain matin. Son père l’accompagne. Sa mère a du rester à la maison pour s’occuper du dernier-né. « C’est mieux ainsi » souffle le père « elle n’aurait pas pu s’empêcher de pleurer ». Dans sa voix, les sanglots s’accumulent. Pudique, il enfonce sa casquette sur ses yeux embués. Il est fou d’inquiétude. Dans quelques heures, il va devoir se séparer de son fils, le remettre à une convoyeuse inconnue, qui partira vers un endroit où il n’est jamais allé. Geste de confiance ultime, amour absolu, il est prêt à tous les sacrifices pour que Zakaria soit sauvé. Les questions se bousculent : « quelqu’un parle-t-il arabe là-bas ? » « Comment ça va se passer ? » « Quand vas-tu nous donner des nouvelles ? ». Amina, coordinatrice des soins spécialisés, répond calmement à toutes les interrogations, tente de rassurer, d’apaiser. « Je comprends son angoisse ». Elle sait que Zakaria va partir plusieurs mois, trois ou quatre au moins. Elle sait aussi que le père met la vie de son enfant entre ses mains, mais qu’elle ne peut faire de promesses.
Zakaria reste sagement assit sur sa chaise, dans son manteau un peu léger et trop grand. Il porte de jolis pantalons et des chaussures toutes neuves. Ses parents se sont sûrement endettés pour l’apprêter. Mais à ses pieds, sa seule richesse ne consiste qu’en un sac minuscule semblant presque vide. Ce sont ses seuls bagages.
Devant ce père qui cherche désespérément à cacher sa souffrance, devant ces pleurs étouffés qui ne peuvent dissimuler la peur viscérale de le voir partir pour ne jamais revenir, devant cette supplique silencieuse qui hante le bureau froid « Prends mon fils, soigne le bien, mais par pitié rends le moi sain et sauf », Zakaria semble serein. Il se lève, se blotti contre son père et lui caresse la main. Il le réconforte, l’apaise.
Mais lui, ce petit homme déjà si mûr, que pense-t-il de tout ça ? N’a-t-il pas peur ? Cache-t-il sa souffrance derrière ce sourire bleuté, signe de la maladie qui le ronge ? « Zakaria est confiant » nous répond Amina « il est conscient que sa seule chance de survie vient de son départ et son opération en Suisse. Il la voit comme une chance. Il espère pouvoir ensuite être moins essoufflé, pouvoir monter les escaliers et marcher seul. Reprendre l’école qu’il a du quitter car son père doit le porter pour qu’il se déplace. Et il aimerait jouer au foot avec ses copains ».
Zakaria attend juste de pouvoir vivre sa vie d’enfant, tout simplement.
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