Dec. 06 2010

Rabat, 6 Décembre 2010 – Le sujet de notre reportage aujourd’hui portait sur les soins spécialisés. Il s’agit en l’occurrence d’un projet historique de Terre des hommes. Depuis le début de l’existence de la Fondation, les enfants atteints de maladies excessivement graves, le plus souvent des cardiopathies, sont pris en charge. Ils sont soignés sur place quand c’est possible, envoyés en France, en Espagne et surtout en Suisse quand il n’y a pas d’autres possibilités de les secourir. Une fois opérés et remis sur pied, ils reviennent au sein de leur famille.

Le Maroc est le premier pays partenaire de ce projet. L’année dernière, ce sont plus de 50 enfants qui ont été transférés pour recevoir des soins. Soit environ un par semaine.

Nous rencontrons Amina ce matin. Coordinatrice du projet des soins spécialisés, elle travaille avec Terre des hommes depuis 1984. Et dès le départ, nous sommes plongées dans son travail quotidien. « Je viens de recevoir un appel urgent. Un parlementaire avec qui nous collaborons nous amène depuis Agadir un bébé qui a besoin d’aide ». Il a fait 600 kms avec l’enfant et ses parents. Une malformation cardiaque vient d’être diagnostiquée et la petite Ismaan ne va pas bien. Nous les rencontrons au bureau. Un minuscule bébé de 45 jours, emmitouflé dans une gigantesque couverture, qui nous regarde bien droit dans les yeux. Son teint est bleuté, signe d’une mauvaise circulation sanguine. Amina est inquiète. Elle saisit le téléphone et passe quelques coups de fil afin qu’une spécialiste avec qui elle collabore rencontre l’enfant en urgence et établisse un diagnostic plus poussé. Le rendez-vous est arrangé en quelques minutes. « Ici, tout est question de contacts, de débrouille » nous confie Amina « Il faut un réseau sans cesse entretenu ». La mère de l’enfant, une jeune femme, reste prostrée pendant tout l’entretien. « Les femmes sont souvent incriminées pour les malformations de leurs enfants. Dans ce cas, cette jeune mère a déjà mis au monde quatre bébés, dont un est décédé. Uniquement des filles, sans espacement des naissances, elle cherche probablement à avoir un garçon. Il faut que je puisse lui parler un peu plus, notamment de la contraception. Mais ce n’est pas encore le moment ». Devant notre étonnement, Amina ajoute « Il ne faut pas voir que le cœur des enfants. Une approche globale est nécessaire. Il faut éveiller les consciences et responsabiliser les parents sur les droits fondamentaux des enfants : l’accès à la santé, le droit à la famille, à l’identité et à l’éducation. Nous avons un rôle éducatif à jouer auprès des parents pour le bon développement de chaque enfant, mais aussi de ses frères et sœurs ».

Quelques heures plus tard, nous retrouvons Ismaan dans le cabinet d’échographie cardiaque qui a accepté de la recevoir en urgence. Le Docteur Layla Zniber, première médecin formée en cardio-pédiatrie du pays, nous dresse le bilan. « Son cas est sérieux et nécessite une intervention lourde que nous ne pouvons pas effectuer au Maroc ». Amina soupire. « C’est toujours difficile d’organiser le transfert de bébés de moins de deux ans, car les places au sein des hôpitaux sont limitées ». Elle tient entre ses mains le dossier médical d’Ismaan. De sa bonne gestion, de sa force de persuasion, dépend la survie du bébé. N’est-ce pas trop lourd de tenir entre ses mains la vie d’un enfant ? « Si bien sûr. Le médecin qui fait le diagnostic se décharge sur nous. La famille attend de notre part les solutions. C’est une grande responsabilité et un soucis permanent ». Il y a aussi les décès à gérer. Ceux des petits patients qui ne survivent pas jusqu’au transfert. Et plus dur encore, ceux qui surviennent à l’étranger. « J’active alors tout le réseau familial. Je contacte un membre de la famille proche des parents pour qu’il m’aide et nous organisons alors l’annonce du décès ensemble. C’est très pénible. Dieu merci, ça n’arrive pas souvent ». Comment trouver la force de continuer ? « Je la puise quand les enfants guéris reviennent. Ils partent amoindris, le visage comme vieilli, et du jour de l’opération, c’est comme s’ils commençaient une nouvelle vie. Leur force est incroyable et c’est à leur contact que je me régénère. Mais je ne suis plus de première jeunesse, je suis fatiguée. Il faudra qu’un jour je m’arrête ».

J’espère que ce jour n’arrivera pas de sitôt Amina, car ce sont des gens comme toi qui changent les destinés de leur pays.

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Jessica Schweizer

At Tdh since 2003, I am now communication coordinator.