Mar. 01 2011
Amina

Amina règle les derniers détails pour un transfert médical © Tdh | Odile Meylan

A l’occasion de la centième Journée Internationale pour les droits des femmes, nous souhaitions vous présenter quelques-unes des femmes exceptionnelles qui travaillent chez Terre des hommes. Que cette galerie de portraits vous permette de les rencontrer.

Mais sachez aussi que des centaines de femmes, dans l’ombre, font avancer au quotidien les droits des enfants et des femmes de part le monde. Souvent au prix d’un travail acharné et d’un dévouement hors du commun. Mesdames, où que vous soyez, merci !

Le portrait d’Amina

Notre premier portrait  est celui d’Amina Smimine, coordinatrice du projet de soins spécialisés au Maroc.

Amina ne peut laisser personne indifférent. La rencontrer reste un privilège qu’un certain nombre d’entre nous ont eu. Petite, excessivement énergique, un air digne et humble, elle fait avancer les montagnes à la force de son opiniâtreté.

Quand le destin s’en mêle

A la question de savoir ce qui a amené Amina à devenir ce qu’elle est aujourd’hui, elle répond dans un grand éclat de rire « Il faut croire que c’était mon destin ».

« Au moment où j’ai passé mon baccalauréat, le Maroc se vidait de ses assistantes sociales, toutes étrangères, qui quittaient le territoire. La relève marocaine n’était pas assurée, car personne ne savait trop quoi faire de cette profession. En raison de la maladie de mon père et parce que j’ai été éloignée de ma famille pour faire mes écoles, j’ai toujours été attirée par le milieu médical et l’aide aux enfants. Un mois avant mes examens finaux, deux assistantes sociales sont venues faire du « marketing » dans ma classe, pour éveiller des vocations. Elles ont bien réussi avec moi. A l’époque, il n’y avait pas d’école spéciale, il fallait faire des études d’infirmières avant de bifurquer en partant à l’étranger. J’ai donc embrassé cette profession. Mais au moment de partir vers la France, j’étais mariée et enceinte de mon premier enfant. Plus question de partir. J’ai donc exercé ce métier quelques années en attendant qu’une école marocaine ouvre. J’ai très vite pris du galon, cheffe de service à 24 ans à peine. Puis au début des années 80, j’ai enfin pu entamer une formation de deux ans pour devenir assistante sociale. L’hôpital ne voulait pas me perdre. Nous avons donc conclu un arrangement : je revenais à la fin des études. Je m’y suis tenue.

En 1984, j’ai connu Terre des hommes. Une française essayait alors d’organiser les soins des enfants cardiopathes sur Rabat. Elle n’avait pas de bureau. Je l’ai hébergée dans le mien, et c’est ainsi que tout a commencé… J’ai aidé et de fil en aiguille, j’ai commencé à travailler pour Terre des hommes. En 2005, j’ai profité de la possibilité d’un départ anticipé pour me consacrer exclusivement aux soins spécialisés ».

Sauver des vies avant tout

« Mon rêve est que les enfants marocains puissent être soignés ici. Il nous faudra encore des années pour y parvenir, mais je sais que nous pouvons y arriver. Le principal obstacle est d’ordre financier. Une opération du cœur d’un enfant peut coûter de 30’000 à 80’000 Dirhams (3’000 à 8’000 Euros). Ca représente plusieurs années de salaires dans un pays où près de 80% des personnes ne bénéficient pas d’une assurance maladie. Il y a aussi un phénomène de paupérisation de la population. Une partie des personnes salariées a accès à une assurance, mais qui ne couvre que 70% des frais. Comment payer le reste ? Les ressources humaines et techniques existent. Nous avons d’excellents médecins, formés dans les meilleures universités du monde. Mais une très petite partie de la population peut s’offrir leurs services, développés principalement dans des cliniques privées réservées aux plus riches. Il faut éveiller les consciences politiques pour que le Maroc se dote enfin d’une médecine publique de qualité accessible aux plus pauvres ».

Gageons que si ce défi peut être relevé, c’est bien grâce à des femmes telles qu’Amina qui se battent au quotidien.

A la fin de notre rencontre, Amina nous glisse « Tu sais, j’aimerais bien savoir m’organiser un peu mieux, pouvoir faire les choses un peu différemment. Mais il faut accepter que ce n’est pas toujours possible, et que nous avons des limites. L’important, par-dessus tout, c’est de sauver une vie ».

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Jessica Schweizer

At Tdh since 2003, I am now communication coordinator.