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Arrivée à Conakry depuis deux jours. Et pourtant l’impression d’y être depuis des semaines. Chaleur humide et pesante, ville gigantesque et emplie de tant de personnes. Et tant de personnages. La sympathie et l’accueil de tous ces gens est la chose la plus frappante – à part la chaleur. “Ca va bien? Et la famille?” sont devenues des phrases déjà cultes répétées par tous, du vendeur ambulant, au collègue de travail, jusqu’à l’enfant qui commence juste à apprendre le français. Et quelque soit leur situation: “On a toujours préféré notre liberté, quitte à en payer le prix avec tout ça: la pauvreté, l’instabilité, le manque de tout”, me confie Mamadi, chauffeur pour Terre des hommes, sur la route d’un centre de santé.
Ces deux jours ont été consacrés à la visite de plusieurs de ces centres de soins dans lesquels Tdh a installé des centres de nutrition. On y accueille des femmes enceintes ou jeunes mères et bien sûr des enfants. Du centre de santé privé et religieux au centre public, les agents en nutrition tentent de repérer et d’apporter les soins nécessaires aux enfants souffrant de malnutrition. Les enfants sont pesés, mesurés et reçoivent une prise en charge adaptée selon le degré de leur état de santé, qui peut aller du régime surveillé à base d’aliments thérapeutiques, au référencement vers des hôpitaux pour les enfants qui ont atteint un stade critique. Les autres enfants, souffrant d’une malnutrition “modérée” sont suivis toutes les semaines, jusqu’à ce qu’ils aient récupéré. Mais l’attention se porte aussi beaucoup sur leurs habitudes quotidiennes.

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Les mères sont invitées à participer à des cours culinaires. Elles y apprennent à faire plusieurs sortes de bouillies, adaptées à l’âge de leurs enfants. Purée de pommes de terre, bouillies à l’arachide, soupes de poisson… Des plats… étonnement bons, dont j’ai même osé voler les recettes. Mariama Bah, une femme exceptionnelle qui travaille depuis 1971 dans la nutrition, et dont je vous livrerais bientôt l’interview, nous explique: “C’est bon de s’investir en nutrition, parce qu’on sauve énormément de vies. La malnutrition c’est une maladie silencieuse: les gens ne trouvent pas vraiment d’intérêt à travailler sur la nutrition, sinon il y a longtemps que ce serait intégré dans les programmes de l’Etat. La nutrition ne rapporte rien. Ces femmes ne rapportent rien. Heureusement que les ONG s’investissent dans ce domaine. Les soins pré et post nataux sont maintenant gratuits, depuis janvier. Les choses commencent à changer, mais on n’a pas encore touché à la nutrition. Le jour où les soins seront gratuits pour les enfants de 0 à 5 ans, les choses vont vraiment changer. Terre des hommes a été l’une des premières ONG à s’investir dans la nutrition et aujourd’hui beaucoup d’ONG nous sollicitent pour faire la même chose. Il faut continuer et il y a de l’espoir: un jour, on pourra, grâce à tout ce qu’on est en train de faire, diminuer le taux de malnutrition en Guinée”.

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En attendant, Terre des hommes continue ses efforts. Des milliers d’enfants sont examinés et soignés chaque mois dans les 12 centres de nutrition de Tdh. Leurs mères les y conduisent d’elles mêmes ou sont convaincues par des “agents communautaires” dont la mission est de repérer les enfants au cœur même des communautés. Ces agents luttent tous les jours contre beaucoup de préceptes et médecines traditionnelles qui ne font qu’aggraver l’état des enfants. “Ne te fais pas médecin, ne te fais pas sage femme, aide ton enfant”, explique Jean Félix au milieu de tous les conseils qu’il livre à une jeune mère de 22 ans, dont l’enfant est à la limite de la malnutrition. Et quand la lutte s’avère plus difficile pour convaincre des femmes d’amener leurs enfants en consultation: “On ne lâche pas. On va la voir tous les jours. Elle se fatigue, mais nous, on ne sera jamais fatigués”, me lance Alpha, agent communautaire plein d’espoir et de volonté.