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Mar. 06 2012
Du haut de ses 9 ans, Emmanuelle, aujourd’hui responsable de la 50e vente d’oranges qui se déroulera les 9 et 10 mars prochains, participait à sa première vente. Elle faisait elle aussi partie de tous ces enfants et bénévoles qui s’engagent pour vous vendre ces agrumes dans les rues suisses. Un engagement souvent difficile auprès des passants mais pour lequel, selon Emma, on donne “le meilleur de soi” pour aider les enfants que soigne Terre des hommes au travers de ses projets en santé, dans 16 pays du monde.Tout le monde se souvient de la célèbre « petite marchande d’allumettes » d’Andersen, qui du feu de ses allumettes, faisait crépiter des rêves comme l’on insuffle la vie dans un monde mercantile glacé et stérile. Ce bel hommage terrible et merveilleux, à l’imagination de l’enfance et à sa poésie capables de défier la misère et l’indifférence, me projette dans ma tendre enfance, lorsque Papa essayait tant bien que mal de me faire dormir, et me lisait chaque soir, un conte différent.
Ce beau récit court, moral et social, rédigé dans un registre très mélodramatique évoque l’injustice de la misère sociale et la cruauté d’une société opulente mais sans charité qui abandonne et laisse mourir ses enfants. Papa saisissait l’occasion pour me rappeler ô combien j’étais chanceuse de pouvoir chaque jour manger à ma faim, m’endormir tous les soirs dans un lit douillet et être scolarisée dans les meilleures conditions.
Suite à une visite d’amis des parents, qui recherchaient activement des bénévoles pour vendre des oranges de Terre des hommes, on me proposa de rejoindre les louveteaux et les louvettes de la région et participer activement la manifestation qui allait se dérouler dans la rue, le week-end suivant.
Ce qui pour moi une vente dans la rue était jusqu’alors réservé aux garçons de mon âge devait être obligatoirement accessible aux filles aussi. Alors, je me suis décidée à revêtir mon costume turquoise de louvette et à vendre des oranges en compagnie des bénévoles de Terre des hommes de la région, dans les rues pavées de notre charmante vieille ville.
Ce samedi après-midi était incroyablement ensoleillé et les passants se pressaient pour nous acheter nos oranges. Ce petit monde de vendeurs d’oranges était impitoyable, et j’en découvris la dureté de la concurrence. Chacun voulait épuiser ses oranges au plus vite pour pouvoir recevoir les éloges méritées de la représentante bénévole de Terre des hommes sur place, ce jour-là.
Mais au fil des heures, j’ai appris à appréhender mon rôle, et j’ai très vite compris qu’être bénévole, c’était s’investir sans attendre quelque chose en retour, c’est donner le meilleur de soi pour ce que l’on fait, c’est être au service des autres. Mais pour moi, à l’époque, haute comme 3 pommes, vendre 6 oranges, c’était aussi la fierté d’être une sorte de messagère de Terre des hommes. J’étais loin de me douter que 20 ans après, la vente d’oranges de Terre des hommes allait régir mon quotidien.